Dans un contexte national marqué par des défis sécuritaires, économiques et technologiques majeurs, le secteur publicitaire burkinabè se retrouve à un tournant stratégique. Entre application de la loi 080, transformation digitale, intelligence artificielle et concurrence internationale, les agences locales doivent s’adapter. Dans cet entretien exclusif, Salif Sanfo, Ancien – président de Publicitaires Associés du Burkina Faso (Président au moment de la réalisation de l’interview, avril 2026), décline sa vision pour structurer et protéger le marché publicitaire au Burkina Faso.
Pour Salif SANFO, la priorité absolue reste l’application effective de la loi 080 et de son décret d’application. Adoptée il y a plus de dix ans, cette loi encadre l’exercice de la publicité au Burkina Faso. Pourtant, selon lui, son application reste incomplète. « On ne peut plus parler de nouvelle loi. Elle a plus de dix ans. La structuration et la protection du marché sont directement liées à son respect. », affirme-t-il.
Il salue les avancées enregistrées, notamment l’exigence progressive du récépissé du Conseil supérieur de la communication (CSC) dans les marchés publics. Mais il appelle à un renforcement du dispositif : refus, par les médias, des insertions publicitaires non signées ; non-reconnaissance fiscale des dépenses exécutées par des structures illégales ; encouragement systématique des entreprises à travailler avec des agences reconnues par le CSC du Burkina Faso. L’objectif est clair : mettre fin à la concurrence déloyale des agences dites « fantômes » et assainir durablement le secteur.
Le président de Publicitaires Associés résume la situation actuelle du secteur en un mot : résilience. Les défis sécuritaires ont impacté l’économie nationale, entraînant une réduction et une fragmentation des budgets de communication. À cela s’ajoutent les bouleversements liés au digital et à l’intelligence artificielle. « Nous sommes obligés de nous réinventer », explique-t-il.
Certaines agences recrutent davantage de jeunes profils issus de la génération Z pour intégrer les nouveaux usages numériques. D’autres se restructurent ou se positionnent stratégiquement. Mais la rentabilité demeure un défi majeur dans un environnement concurrentiel et instable.
Consciente que l’intelligence artificielle transforme déjà les métiers de la communication, l’association mise sur la montée en compétences de ses membres. Des formations ont été organisées lors de la rentrée publicitaire, notamment avec des experts en outils numériques et en collecte de données. Des discussions sont en cours avec Orange Digital Center pour développer des formations à la carte adaptées aux besoins des agences. Salif SANFO insiste : aucun outil ne remplacera la créativité et la réflexion stratégique, mais l’IA doit être maîtrisée pour rester compétitive.
Lire → https://mag-comms-marketing.mychariow.shop/mag02-comm-marketing-africa