Qui raconte l’Afrique ? Et avec quels mots, quelles images et quels points de vue ? Entre avril et juin 2026, plusieurs initiatives ont remis cette question au centre des discussions. Pour Comms & Marketing Africa, elles témoignent d’une évolution intéressante : la construction des récits sur l’Afrique devient progressivement un sujet de communication à part entière.
À Accra, une initiative veut renforcer le storytelling africain
Le 26 mai 2026, Africans Communicating Africa (AfriComms Africa) a été officiellement lancée à Accra, au Ghana. L’initiative se donne pour objectif de renforcer un storytelling africain authentique et de contribuer à l’émergence d’une nouvelle génération de communicants africains. Son lancement, organisé autour du Communicating Africa Summit, a réuni des professionnels de la communication, des médias, de la diplomatie, de la création et du monde académique.
Les échanges portaient notamment sur la manière dont les Africains peuvent davantage participer à la construction et à l’influence des récits concernant le continent, dans un environnement où les réseaux sociaux, les jeunes créateurs et l’intelligence artificielle prennent une place croissante.
Ce qui est intéressant ici, ce n’est pas seulement la création d’une nouvelle organisation. C’est le fait que la question du récit africain devient elle-même un objet de structuration professionnelle.
À Nairobi, le récit accompagne aussi l’évolution des relations internationales
Quelques semaines plus tôt, les 11 et 12 mai, Nairobi accueillait le sommet Africa Forward, organisé conjointement par le Kenya et la France. L’événement réunissait des responsables politiques, des entreprises, des entrepreneurs, des acteurs culturels, des représentants de la société civile et des jeunes. Son programme comportait notamment une séquence consacrée aux industries culturelles et créatives et une autre consacrée à la jeunesse.
Le sommet cherchait également à présenter une nouvelle approche du partenariat entre l’Afrique et la France, fondée notamment sur l’innovation, la croissance et des relations présentées comme plus équilibrées. La déclaration de Nairobi insiste sur le potentiel de l’Afrique comme acteur de croissance, d’innovation et de leadership économique mondial. Là encore, la communication n’est pas secondaire. La manière de présenter l’Afrique, ses capacités et ses relations avec ses partenaires participe à la construction d’un récit.
Le numérique donne davantage de voix aux producteurs africains
Ces initiatives interviennent dans un environnement où les moyens de produire et de diffuser des récits se sont considérablement élargis. Un média africain peut désormais s’adresser directement à des publics internationaux. Un créateur peut raconter son territoire depuis son téléphone. Un photographe peut diffuser ses images sans passer nécessairement par les circuits traditionnels. Une marque peut construire son propre discours. Une institution peut également communiquer directement avec ses publics.
Cette multiplication des producteurs de contenus change donc la question. il ne s’agit plus seulement de demander « comment l’Afrique est-elle représentée ? », mais aussi : « qui produit aujourd’hui les contenus qui contribuent à cette représentation ? »
Le défi, raconter autrement sans fabriquer un récit artificiel
Mais construire des récits africains ne signifie pas produire uniquement des histoires positives. Une communication qui chercherait à remplacer systématiquement les récits négatifs par des récits promotionnels risquerait de perdre en crédibilité. L’enjeu est plutôt de faire émerger davantage de récits, de voix et de points de vue : raconter les innovations mais aussi les difficultés, les entreprises mais aussi les travailleurs, les grandes villes mais aussi les territoires moins visibles, les réussites individuelles mais aussi les transformations collectives. C’est précisément là que les professionnels de la communication, du marketing, des médias et de la création ont un rôle à jouer.
Ce que cela change pour les professionnels
Cette évolution élargit le travail du communicant. Il ne s’agit plus seulement de construire un message ou une campagne. Il faut aussi réfléchir aux représentations produites : qui parle ? Qui est représenté ? Quelle image utilise-t-on ? Quel vocabulaire choisit-on ? À quel public s’adresse-t-on ?
Pour les marques africaines, cela peut permettre de construire des identités plus ancrées dans leurs réalités. Pour les médias et les créateurs, cela ouvre un espace pour produire des contenus qui ne dépendent pas uniquement des regards extérieurs. Pour les institutions et les territoires, cela pose également la question de leur capacité à raconter leurs transformations avec leurs propres mots.
Une dynamique qui mérite d’être suivie
Les initiatives observées au deuxième trimestre 2026 ne permettent pas de parler d’un changement complet de la manière dont l’Afrique est racontée. Elles montrent cependant que la question du récit devient un sujet de travail pour un nombre croissant d’acteurs africains.
Le lancement d’AfriComms Africa à Accra en est un exemple particulièrement concret. Africa Forward montre de son côté que les questions d’image, de représentation et de positionnement du continent sont également présentes dans les grands rendez-vous internationaux. Pour les professionnels africains de la communication et du marketing, cette évolution ouvre surtout une question : comment produire des récits suffisamment authentiques, documentés et attractifs pour que les Africains puissent davantage participer à la manière dont leur continent est raconté ?
À retenir : le sujet n’est pas de construire un récit unique sur l’Afrique, mais de permettre à davantage d’Africains de prendre part à la production des récits qui parlent du continent.