Depuis 1994, les Rencontres de Bamako accompagnent les évolutions de la photographie africaine et de ses diasporas. Pour sa 15ᵉ édition, la Biennale africaine de la photographie revient du 26 novembre 2026 au 26 janvier 2027 avec « REFABULATION(S) », une édition qui interroge les récits, les mémoires et les imaginaires à travers le regard de 49 artistes.
Placée sous l’autorité de Mamou Daffé, ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, cette 15ᵉ édition s’inscrit dans le cadre de l’Année de la Culture et de l’Éducation 2026-2027, proclamée par Son Excellence le Général d’Armée Assimi Goïta, Président de la Transition, Chef de l’État. La Biennale est conduite par El Hadj Amadou Diop, Délégué Général, assisté de Moussa Boubacar Diarra, Délégué Général adjoint. Le commissariat général de cette édition est assuré par Armelle Dakouo, directrice artistique et commissaire indépendante, accompagnée de son équipe curatoriale.
La sélection officielle réunit 49 artistes, auxquels s’ajoutent les artistes et propositions des projets spéciaux et des résidences. Pendant deux mois, expositions, rencontres et programmes professionnels se déploieront dans plusieurs lieux de Bamako. Cette organisation inscrit la Biennale à la fois dans le calendrier culturel national et dans les grands rendez-vous internationaux consacrés à la création contemporaine africaine.
Plus de trente ans au service de la photographie africaine
Créées en 1994, les Rencontres de Bamako se sont progressivement imposées comme l’un des rendez-vous majeurs de la photographie africaine. Au fil des éditions, la Biennale a accompagné l’évolution des pratiques photographiques du continent et contribué à faire émerger de nouveaux artistes, de nouveaux regards et de nouvelles écritures visuelles. Son rôle dépasse aujourd’hui la seule exposition d’œuvres. Les Rencontres constituent un espace de rencontres entre artistes, commissaires, chercheurs, institutions culturelles, professionnels du marché de l’art et publics. Bamako est ainsi devenue, le temps de la Biennale, un point de convergence pour celles et ceux qui s’intéressent à la manière dont l’Afrique et ses diasporas se représentent, racontent leurs histoires et construisent leurs propres imaginaires.
« Refabulation(s) », reprendre possession des récits
Pour cette 15ᵉ édition, Armelle Dakouo place la question des récits au cœur de la programmation avec « REFABULATION(S) ». Le terme renvoie à la possibilité de reprendre des histoires existantes, de les déplacer, de les questionner et d’en proposer de nouvelles lectures. Il s’agit notamment de réfléchir à la manière dont les artistes peuvent intervenir sur les récits hérités de l’histoire, de la colonisation, des archives et des représentations produites sur l’Afrique. La photographie devient alors davantage qu’un moyen de documenter le réel. Elle devient un outil de questionnement, de réappropriation et de projection. À travers leurs pratiques, les artistes sont invités à interroger les images qui ont contribué à construire les représentations du continent et à proposer d’autres façons de regarder l’Afrique.
49 artistes, une diversité de pratiques
La sélection officielle rassemble 49 artistes issus de différentes générations et de différentes scènes artistiques. Cette diversité est également visible dans les pratiques présentées. Si la photographie demeure au cœur de la Biennale, la programmation s’ouvre à d’autres formes contemporaines : installations, vidéos, archives, performances, sculptures et dispositifs hybrides. Cette évolution reflète les transformations du champ artistique lui-même. À l’heure où les images circulent en permanence sur les réseaux sociaux, où les technologies numériques bouleversent les pratiques et où l’intelligence artificielle redéfinit le rapport à l’image, la photographie ne peut plus être pensée uniquement comme une capture du réel. Elle peut aussi être une construction, une interprétation et un espace d’imagination.
Des projets spéciaux et des résidences
À la sélection officielle s’ajoutent des projets spéciaux et des résidences artistiques, qui viennent élargir la programmation de cette 15ᵉ édition. Ces propositions permettent de faire dialoguer différentes générations et différentes disciplines, tout en donnant une place aux trajectoires historiques qui ont contribué à construire la photographie africaine. La figure de Malick Sidibé, l’un des grands noms de la photographie malienne, occupe notamment une place particulière dans cette programmation à travers des propositions qui permettent de revisiter son œuvre et son héritage. La Biennale s’inscrit ainsi dans un dialogue entre mémoire et création contemporaine : regarder ce qui a été produit hier pour mieux comprendre ce qui se crée aujourd’hui.
Bamako, une capitale de l’image
Pendant deux mois, les expositions, rencontres et programmes professionnels investiront plusieurs espaces de la capitale malienne. Cette dimension territoriale constitue une composante essentielle de l’identité des Rencontres. La Biennale ne se limite pas à un lieu d’exposition : elle transforme Bamako en espace de circulation des œuvres, des idées et des professionnels. Pour les artistes comme pour les publics, elle constitue un moment de découverte et de confrontation des regards. La présence de professionnels internationaux contribue également à renforcer les échanges entre les scènes africaines et les réseaux artistiques internationaux.
Une Biennale tournée vers les nouvelles générations
La question de la transmission occupe également une place importante dans cette édition. Au-delà des artistes confirmés, les Rencontres cherchent à créer des espaces permettant aux jeunes générations de s’exprimer et de découvrir les pratiques photographiques contemporaines. Le concours photo jeunesse, organisé dans le cadre de cette 15ᵉ édition, participe de cette dynamique en invitant les jeunes à porter leur propre regard sur Bamako, la jeunesse et les nouveaux imaginaires. Cette ouverture est essentielle pour une manifestation qui entend inscrire son action dans la durée. Une biennale ne se mesure pas seulement au nombre d’expositions qu’elle organise, mais aussi à sa capacité à faire émerger de nouveaux regards et à transmettre des pratiques.
Une ambition artistique et internationale
Après plus de trois décennies d’existence, les Rencontres de Bamako abordent cette nouvelle édition avec un enjeu de renouvellement. Il s’agit de consolider leur place dans le paysage international de la photographie tout en renforçant leur lien avec les publics locaux et africains. La nomination d’Armelle Dakouo au commissariat général participe de cette volonté. Son parcours de commissaire indépendante et de directrice artistique, construit autour des scènes africaines et afro-diasporiques, de la mémoire, des archives et de la transmission, s’inscrit directement dans les questionnements portés par cette édition. À travers « REFABULATION(S) », la Biennale propose ainsi une réflexion qui dépasse le seul champ photographique : qui produit les récits ? Qui les transmet ? Qui les regarde ? Et surtout, qui peut les réécrire ?
Réécrire les images, réinventer les récits
La 15ᵉ édition des Rencontres de Bamako arrive dans un contexte où les images jouent un rôle central dans la construction des imaginaires sur l’Afrique. À travers les médias, les réseaux sociaux, le cinéma, la publicité ou encore les plateformes numériques, le continent est constamment représenté, commenté et interprété. Dans ce contexte, « REFABULATION(S) » propose de déplacer le regard. Les artistes ne sont plus seulement invités à montrer une réalité, mais à questionner les récits qui l’accompagnent et à imaginer d’autres représentations. C’est peut-être là l’un des enjeux majeurs de cette nouvelle édition : donner aux artistes les moyens de reprendre la parole sur les images, les mémoires et les histoires qui façonnent les représentations de l’Afrique.
Depuis 1994, les Rencontres de Bamako ont accompagné plusieurs générations de photographes et contribué à inscrire la création africaine dans les circuits internationaux de l’art contemporain. Avec cette 15ᵉ édition, la Biennale entend poursuivre cette mission tout en ouvrant un nouveau chapitre.
À Bamako, la photographie ne sera donc pas seulement exposée. Elle sera questionnée, confrontée aux archives, aux mémoires et aux nouveaux imaginaires. Avec « REFABULATION(S) », les Rencontres invitent surtout à regarder l’Afrique autrement, et à donner aux artistes la possibilité de participer eux-mêmes à la fabrication de ses récits