Mag Comms & Marketing Africa N°03

Je télécharge

Préserver la mémoire de la Côte d’Ivoire

En restaurant et en numérisant des milliers de photographies de Paul Kodjo, figure de la photographie ivoirienne, Ananias Leki Dago contribue à préserver une partie de l’histoire visuelle de la Côte d’Ivoire. Un travail de sauvegarde qui rappelle l’importance des archives photographiques dans la transmission de la mémoire collective africaine.

À Bingerville, en Côte d’Ivoire, une malle contenant des archives photographiques a marqué le début d’un important travail de sauvegarde. En 2008, Paul Kodjo, photographe dont les images documentent plusieurs décennies de l’histoire ivoirienne, confie ses archives personnelles à Ananias Leki Dago avant de partir s’isoler au Ghana.

Photographe lui-même, Ananias découvre alors des négatifs en mauvais état, mêlés à des déchets et à des insectes morts. Malgré leur apparence dégradée, ces documents renferment un patrimoine visuel d’une grande valeur historique. « Cette malle ressemblait à une poubelle, mais dans laquelle il y avait une richesse », raconte-t-il.

Plutôt que de laisser ces images disparaître, il entreprend un patient travail de restauration. Environ 3 000 clichés sont ainsi sauvés, révélant progressivement la richesse du regard de Paul Kodjo sur la société ivoirienne.

Paul Kodjo, témoin du « miracle ivoirien »

À travers ses photographies, Paul Kodjo a documenté les transformations de la Côte d’Ivoire des années 1960 aux années 1990. Ses images témoignent notamment de l’effervescence du Plateau, centre politique et économique d’Abidjan, à une époque marquée par le développement du pays et ce que l’on désigne communément comme le « miracle ivoirien ».

Pour Ananias Leki Dago, la portée de ces archives dépasse leur dimension esthétique. Elles constituent des traces visuelles d’une période de l’histoire nationale et permettent de retrouver des lieux, des atmosphères et des réalités qui ont marqué plusieurs générations.

La photographie apparaît ainsi comme une source de mémoire : elle documente les évolutions d’une société et offre aux générations suivantes des repères pour comprendre le passé.

La numérisation pour éviter une nouvelle disparition

Restaurer les négatifs ne suffisait pas. Pour assurer la pérennité de ce patrimoine, Ananias Leki Dago et son assistant ont entrepris de numériser l’ensemble de l’œuvre, avec l’appui d’une université américaine qui leur a fourni du matériel.

Cette démarche permet de conserver une version numérique des photographies, accessible même si les supports physiques venaient à disparaître. Elle répond à un enjeu majeur de la préservation des archives : ne pas dépendre uniquement de la survie de documents matériels parfois fragiles.

Pour Ananias, cette sauvegarde représente un soulagement. Après le travail accompli, perdre à nouveau ces images reviendrait à compromettre la mémoire qu’elles portent. La numérisation devient donc un moyen de rendre l’œuvre durable et de préserver la trace de son auteur.

Au-delà de Paul Kodjo, d’autres archives à faire revivre

Le travail d’Ananias Leki Dago ne s’arrête pas à ces archives. Il s’intéresse également à l’œuvre de Ben Non, un photographe sino-ivoirien des années 1960. Sa famille lui a transmis 38 caisses d’archives en vue d’un nouveau projet de restauration.

Ce chantier ouvre une autre perspective sur la mémoire photographique africaine : derrière les images oubliées se trouvent des parcours artistiques, des témoignages historiques et des fragments de vie qui risquent de disparaître faute de conservation.

La préservation de ces fonds exige du temps, des compétences techniques, des moyens matériels et une prise de conscience de leur valeur culturelle. Elle pose aussi la question de leur transmission et de leur accessibilité aux chercheurs, aux artistes et au grand public.

Préserver les images, transmettre l’histoire

À travers son travail sur les archives de Paul Kodjo et son intérêt pour celles de Ben Non, Ananias Leki Dago contribue à remettre en lumière des pans de l’histoire visuelle ivoirienne.

Son engagement rappelle que le patrimoine photographique ne se limite pas aux images conservées dans les institutions. Il existe aussi dans des collections privées, des négatifs oubliés et des documents parfois laissés à l’abandon.

Les restaurer et les numériser, c’est leur donner une nouvelle vie, mais aussi préserver la possibilité de raconter l’histoire africaine à partir des regards de ceux qui l’ont photographiée.

Partager cet article
Lien à partager
Article précédent

Les règles de communication pour les JOJ Dakar 2026

Article suivant

Une photo de Sidy Talla à la Une de la Revue olympique

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

À lire ensuite

L'essentiel chaque semaine

Une sélection de l'actualité, des opportunités et des ressources de la communication et du marketing en Afrique, dans votre boîte de réception.

Chaque semaine, l'essentiel de la communication, du marketing et des médias en Afrique.

Une newsletter par semaine. Désinscription en un clic, à tout moment. Vos données