Chaque mois d’octobre, le rose s’installe dans l’espace public africain. Logos, publications, émissions, conférences et campagnes d’entreprise se multiplient pour sensibiliser au cancer du sein. Cette mobilisation est utile. Mais une question mérite d’être posée : que permet concrètement cette communication ?
En 2022, l’Afrique subsaharienne a enregistré environ 146 130 nouveaux cas de cancer du sein et 71 662 décès, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Dans la plupart des pays de la Région africaine, plus de 70 % des cancers du sein sont diagnostiqués à un stade avancé, selon l’Organisation mondiale de la Santé. Dans ce contexte, Octobre Rose ne devrait pas seulement être un mois de sensibilisation. Il peut devenir un point de départ pour des actions concrètes.
Passer du message au parcours
Dire « faites-vous dépister » ou « consultez rapidement » ne suffit pas toujours. Après avoir vu le message, une personne doit pouvoir savoir où aller, auprès de qui s’informer et quelles solutions sont réellement disponibles. La communication peut ainsi être pensée comme un parcours : informer, orienter, faciliter et accompagner. Les orientations récentes de l’OMS Afrique insistent notamment sur l’identification précoce des cas suspects, leur évaluation et leur orientation vers les services appropriés. Pour les communicants, cela signifie travailler davantage avec les professionnels de santé, les associations et les structures spécialisées afin que les campagnes débouchent sur des possibilités concrètes d’action.
Les entreprises peuvent aller au-delà du symbole
Pour les marques et organisations, Octobre Rose ne devrait pas se limiter à un logo rose ou à quelques publications. Soutenir une structure spécialisée, faciliter l’accès à une consultation, organiser des séances d’information avec des professionnels qualifiés, financer une activité ou accompagner les collaboratrices concernées sont autant d’actions qui donnent une dimension concrète à l’engagement. La différence est simple : communiquer sur une cause n’est pas la même chose que communiquer sur une action.
Mesurer autrement la performance
Les vues, impressions, likes et partages permettent de mesurer la portée d’une campagne, mais ils ne disent pas nécessairement ce qu’elle a produit. Les organisations peuvent également suivre le nombre de personnes orientées vers un service, les consultations organisées, les bénéficiaires accompagnés, les partenaires mobilisés ou les actions poursuivies après octobre. Le défi pour la communication africaine est donc de passer d’une logique de visibilité à une logique d’utilité.
Octobre Rose peut rester un temps fort médiatique. Mais sa véritable valeur se mesure aussi à sa capacité à rapprocher l’information, les services et les personnes. La question n’est alors plus seulement : « Combien de personnes avons-nous touchées ? » Mais : « Qu’est-ce que ces personnes ont pu faire grâce à notre communication ? »