Célébrée chaque 28 septembre, la Journée internationale de l’accès universel à l’information rappelle que l’accès à une information fiable constitue un enjeu essentiel pour les sociétés. En Afrique, l’explosion des usages numériques a considérablement élargi les possibilités d’accès aux contenus. Mais les données et contenus observés par Comms & Marketing Africa dans les secteurs des médias, de la communication et du marketing montrent aussi une autre réalité : l’information est de plus en plus abondante, sans être toujours suffisamment organisée, contextualisée ou vérifiable.
Depuis 2015, le 28 septembre est consacré à la Journée internationale de l’accès universel à l’information. L’UNESCO souligne que cet accès joue un rôle dans l’autonomisation des individus, la prise de décisions éclairées, l’innovation, l’inclusion et le développement durable.
Pour son édition 2026, la journée s’intéresse directement à l’un des grands enjeux de l’environnement numérique actuel : la préservation de l’intégrité de l’information face au désordre informationnel. La conférence mondiale organisée en Sierra Leone aborde notamment la diffusion d’informations officielles fiables et en temps opportun, l’éducation aux médias et à l’information, ainsi que l’accès à des données crédibles en Afrique de l’Ouest. Cette orientation prend une résonance particulière sur le continent africain.
Une information devenue plus accessible, mais beaucoup plus abondante
En quelques années, les réseaux sociaux, les plateformes vidéo, les sites d’information, les messageries instantanées et les moteurs de recherche ont profondément changé la manière dont les Africains accèdent à l’information. Une actualité peut désormais être publiée à Ouagadougou et être consultée quelques secondes plus tard à Abidjan, Dakar, Nairobi ou Kigali. Les données produites et suivies par Comms & Marketing Africa depuis 2020 dans les secteurs des médias, de la communication et du marketing donnent un aperçu de cette transformation.
Les contenus recensés couvrent notamment les actualités sectorielles, les recrutements, les opportunités, les formations, les événements, les portraits de professionnels, les initiatives et les ressources. Cette diversité montre que l’information professionnelle recherchée ne se limite plus aux actualités. Les publics veulent également savoir où se former, où travailler, qui recrute, quels profils existent, quelles pratiques émergent et comment les métiers évoluent. L’accès à l’information devient ainsi progressivement un accès à des possibilités.
Le problème n’est plus seulement de trouver l’information
L’un des enseignements que l’on peut tirer de cette production est que l’abondance ne résout pas automatiquement le problème de l’accès. Trouver une information sur Internet est devenu relativement simple. Trouver la bonne information, au bon moment, provenant d’une source identifiable et suffisamment contextualisée est une autre question.
Une offre d’emploi peut circuler sur plusieurs plateformes sans que son origine soit immédiatement identifiable. Une statistique peut être reprise de publication en publication sans son contexte initial. Une annonce peut être relayée sans mise à jour alors que les inscriptions sont déjà closes.
Dans cet environnement, la visibilité d’une information et sa fiabilité ne sont donc pas la même chose. C’est précisément l’une des préoccupations mises en avant par l’UNESCO pour l’édition 2026 : garantir l’accès à une information crédible tout en faisant face au désordre informationnel.
Les réseaux sociaux ont changé le rapport à l’information
Facebook, WhatsApp, TikTok, Instagram, YouTube, LinkedIn et X occupent désormais une place importante dans la circulation des informations professionnelles et médiatiques en Afrique. Mais ces plateformes répondent avant tout à une logique de circulation rapide des contenus.
L’information qui apparaît dans un fil d’actualité peut disparaître quelques heures plus tard. Une publication ancienne peut continuer à circuler sans que son caractère obsolète soit immédiatement visible. Cette logique pose une question importante pour les médias et les acteurs de l’information : comment transformer une information qui circule en une information qui reste accessible ?
Le travail de documentation, d’archivage, de référencement et de contextualisation prend alors une importance nouvelle. Une information publiée aujourd’hui doit aussi pouvoir être retrouvée demain.
Les professionnels africains ont besoin d’une information qui circule au-delà des frontières
Les données issues des contenus consacrés aux opportunités et aux professionnels montrent également l’importance d’une circulation de l’information à l’échelle continentale. Les marchés du travail africains restent souvent segmentés par pays alors que les métiers des médias, de la communication et du marketing deviennent de plus en plus transnationaux.
Un communicant basé au Burkina Faso peut travailler pour une organisation régionale. Une agence ivoirienne peut recruter un profil sénégalais. Une formation proposée au Kenya peut intéresser un professionnel francophone. Un professionnel camerounais peut développer son activité auprès de clients dans plusieurs pays.
Dans ce contexte, l’accès à l’information devient aussi un facteur de connexion entre les écosystèmes africains. Encore faut-il que cette information soit visible au-delà de son environnement d’origine.
L’accès aux talents est aussi une question d’accès à l’information
Les données issues des portraits professionnels et de l’Annuaire africain des talents des médias, de la communication et du marketing mettent en évidence une autre dimension souvent moins évoquée. Pour recruter, collaborer ou identifier une expertise, il faut d’abord savoir quels talents existent et où les trouver.
L’information sur les compétences constitue donc elle aussi une ressource. Un continent peut disposer de nombreux professionnels qualifiés tout en donnant peu de visibilité à leurs parcours. Dans ce cas, le problème n’est pas nécessairement l’absence de talents, mais la difficulté à accéder à l’information qui permet de les identifier. La circulation des profils, des parcours et des compétences participe ainsi à la construction d’un marché professionnel plus connecté.
Avec l’intelligence artificielle, la question change encore d’échelle
L’arrivée massive de l’intelligence artificielle ajoute une nouvelle dimension au débat. Les outils d’IA permettent désormais de générer rapidement des textes, des images, des vidéos et des résumés. Ils facilitent également la recherche et la synthèse de grandes quantités d’informations.
Mais cette capacité à produire davantage ne garantit pas automatiquement la qualité de l’information. Elle peut également rendre plus difficile l’identification de l’origine d’un contenu, la distinction entre une information vérifiée et une affirmation générée, ou encore la détection de contenus manipulés.
Les réflexions consacrées par Comms & Marketing Africa à l’IA, aux deepfakes, à la désinformation et aux nouveaux récits africains s’inscrivent dans cette transformation plus large. Plus les contenus deviennent faciles à produire, plus la capacité à les vérifier et à les contextualiser devient importante.
L’éducation aux médias devient une compétence essentielle
L’accès universel à l’information ne peut donc pas être dissocié de la capacité des publics à comprendre ce qu’ils consultent. Savoir rechercher une information, identifier sa source, comparer plusieurs sources, repérer une information ancienne, comprendre le contexte d’une statistique ou distinguer un fait d’une opinion sont devenus des compétences essentielles.
L’UNESCO place justement l’éducation aux médias et à l’information parmi les leviers permettant de garantir l’accès à une information crédible. Cette question concerne particulièrement les jeunes publics africains, très présents sur les plateformes numériques, mais également les professionnels, les organisations, les médias et les créateurs de contenus.
De l’accès à l’information à l’accès à une information utile
Les données observées dans les secteurs des médias, de la communication et du marketing montrent finalement que la question de l’accès à l’information comporte plusieurs niveaux. Il faut pouvoir accéder à l’information. Mais il faut aussi pouvoir la trouver, la comprendre, la vérifier, la contextualiser, la retrouver et, lorsque cela est nécessaire, la confronter à d’autres sources. C’est là que se situe l’un des grands enjeux de l’environnement informationnel africain.
Le continent ne manque pas de contenus. Il ne manque pas non plus de professionnels, d’initiatives ou de récits. Le défi est de plus en plus celui de leur visibilité, de leur circulation, de leur organisation et de leur fiabilité. En cette Journée internationale de l’accès universel à l’information, la question mérite donc d’être posée autrement :
À l’heure où presque tout peut devenir information, comment garantir que chacun puisse accéder non seulement à davantage de contenus, mais surtout à des informations fiables, utiles et suffisamment contextualisées pour comprendre son environnement et agir ? C’est peut-être là que se joue la prochaine étape de l’accès universel à l’information en Afrique.