Le chargé de mission du président béninois pour la Culture, les Médias et la Visibilité annonce vouloir saisir Canal+ Bénin pour demander le retrait de CNews de son bouquet. Sa prise de position relance le débat sur les limites de la liberté d’expression, la responsabilité des médias et la représentation des Africains dans les chaînes internationales.
Le débat sur les représentations de l’Afrique dans les médias internationaux prend une nouvelle dimension au Bénin. Claudy Siar, figure des médias francophones et désormais chargé de mission auprès de la présidence béninoise, a annoncé son intention de demander à la direction de Canal+ au Bénin de supprimer la diffusion de la chaîne française d’information CNews.
Dans une déclaration relayée sur les réseaux sociaux, le 19 octobre 2026, il dénonce des propos qu’il juge racistes et dévalorisants à l’égard des Africains. « Le Bénin ne saurait tolérer un tel média à destination de nos populations », affirme-t-il, en présentant cette démarche comme une question de responsabilité et de dignité.
Il rappelle également que les Béninoises et les Béninois sont des Africains et que la diffusion de contenus jugés discriminatoires ne peut être considérée comme un sujet extérieur aux sociétés africaines.
La liberté d’expression face à la responsabilité éditoriale
La démarche annoncée par Claudy Siar soulève une question centrale pour les professionnels de la communication et des médias : comment concilier la liberté d’expression avec la lutte contre le racisme et les discours discriminatoires ?
Les chaînes d’information disposent d’une responsabilité particulière dans la construction des représentations collectives. Les choix éditoriaux, les invités, les sujets mis en avant et les termes employés contribuent à façonner la perception des populations et des sociétés.
Dans les réactions publiées sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes soutiennent la position de Claudy Siar et considèrent qu’un opérateur de distribution doit prendre en compte les sensibilités et les valeurs des publics auxquels il s’adresse. D’autres adoptent une approche différente : ils estiment qu’il peut être utile de regarder ces chaînes pour comprendre leurs arguments, analyser leurs représentations et déconstruire les stéréotypes qu’elles véhiculent.
Ces réactions révèlent deux approches du rapport aux médias : agir sur leur présence dans les bouquets de diffusion ou privilégier l’exposition critique aux contenus, afin de mieux en comprendre les mécanismes et d’y répondre.
Canal+ et la question de la distribution des chaînes
La demande annoncée vise directement Canal+ au Bénin, en tant qu’acteur de la distribution audiovisuelle. Elle pose la question des critères selon lesquels un opérateur choisit de maintenir ou de retirer une chaîne de son offre dans un marché donné.
Le retrait demandé par Claudy Siar ne constitue toutefois pas, à ce stade, une décision confirmée de Canal+. Il convient également de distinguer une demande adressée à un distributeur d’une éventuelle démarche auprès du régulateur audiovisuel.
Selon sa déclaration, Claudy Siar prévoit aussi de s’entretenir avec le président de la Haute Autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC) du Bénin le mardi 20 octobre 2026. Cette rencontre annoncée pourrait donner une dimension institutionnelle au débat, au-delà des réactions exprimées en ligne.
Claudy Siar, un parcours médiatique engagé
Connu pour son engagement en faveur des cultures africaines, caribéennes et de leurs diasporas, Claudy Siar a construit une carrière dans les médias francophones, à la radio comme à la télévision. Il a notamment animé et produit plusieurs émissions consacrées aux cultures et aux talents issus de ces espaces, parmi lesquelles Le Claudy Show, et participé à des projets tels qu’Africastar et The Voice Afrique francophone.
En juin 2026, il a été nommé chargé de mission auprès du président de la République du Bénin pour la Culture, les Médias et la Visibilité. Ses fonctions s’inscrivent dans une stratégie de valorisation de l’image du pays et de rayonnement de ses industries culturelles.
Sa prise de position sur CNews s’inscrit ainsi dans un débat plus large sur la manière dont les pays africains souhaitent être représentés dans l’espace médiatique international, mais aussi sur les moyens dont ils disposent pour défendre leurs intérêts et leurs valeurs.
Défendre la dignité sans fermer le débat
L’affaire dépasse la seule présence d’une chaîne française dans un bouquet audiovisuel béninois. Elle interroge la capacité des sociétés africaines à définir leurs exigences en matière de respect, de représentation et de responsabilité médiatique.
La lutte contre le racisme et les discriminations constitue un enjeu légitime. Elle appelle néanmoins à distinguer les accusations formulées, les décisions des instances compétentes et les mesures que les distributeurs peuvent effectivement prendre. La liberté d’expression, de son côté, ne dispense pas les médias de rendre compte de leurs choix éditoriaux ni de répondre aux critiques.
Pour les acteurs africains de la communication et des médias, l’enjeu est double : défendre une représentation digne des populations africaines et développer les moyens de produire, diffuser et faire entendre leurs propres récits.
La question n’est donc pas seulement de savoir quelles chaînes les publics africains peuvent regarder, mais aussi quelles représentations ils sont en droit de contester, quelles responsabilités incombent aux diffuseurs et quelle place les médias africains occupent dans la construction de leur propre image.

