Créer ses propres outils, maîtriser ses données et disposer de solutions adaptées aux réalités locales : entre avril et juin 2026, plusieurs initiatives observées en Afrique montrent que la question de la souveraineté numérique ne se limite plus aux infrastructures. Elle concerne aussi les logiciels et services utilisés au quotidien. Comms & Marketing Africa revient sur cette évolution et sur ce qu’elle change pour les professionnels de la communication, du marketing et des médias.
Aïobi Meet : quand une alternative africaine entre dans les usages
En avril 2026, la solution burkinabè Aïobi Meet a lancé son service public de visioconférence. La plateforme propose des réunions en ligne, le partage d’écran et une messagerie, avec une volonté affichée de proposer une alternative africaine aux grandes plateformes internationales. Son développement s’inscrit également dans une réflexion sur l’hébergement et la maîtrise des données.
L’intérêt de cet exemple ne réside pas seulement dans l’existence d’un nouvel outil. Il pose une question très concrète : quels outils utilisons-nous pour travailler, communiquer et échanger des informations professionnelles ?
Pour une agence, un média, une institution ou une entreprise, une visioconférence peut contenir des informations confidentielles, des documents de travail, des échanges avec des clients ou encore des données personnelles. Le choix d’une plateforme devient donc aussi une question de données, de sécurité et de dépendance technologique. Aïobi Meet illustre ainsi une première dimension de la souveraineté numérique : être capable de produire localement des outils qui répondent à des usages réels.
La donnée devient également un sujet de gouvernance
La souveraineté numérique ne concerne toutefois pas uniquement les entreprises technologiques. En Côte d’Ivoire, l’ARTCI a préparé le lancement de CERTINUM, une plateforme destinée à dématérialiser les procédures liées à la mise en conformité et aux autorisations concernant les traitements de données personnelles. Le lancement était initialement prévu fin juin avant d’être reporté au 2 juillet 2026. L’exemple est différent d’Aïobi Meet, mais il renvoie au même enjeu : la transformation numérique suppose de mieux organiser la circulation, la protection et la gouvernance des données.
Pour les professionnels de la communication et du marketing, cette évolution est loin d’être secondaire. Les campagnes numériques, les formulaires, les newsletters, les bases de contacts, les plateformes publicitaires et les outils d’analyse produisent et utilisent en permanence des données. La question n’est donc plus seulement : quel outil est le plus pratique ? Elle devient aussi : où vont les données, qui les traite et dans quel cadre ?
Utiliser des solutions africaines ne signifie pas simplement remplacer un outil
L’émergence de solutions africaines ne signifie pas que tous les outils internationaux doivent être abandonnés. L’enjeu est plutôt de disposer de davantage de choix. Une organisation peut avoir besoin d’une solution internationale pour certains usages et d’une solution locale pour d’autres. Ce qui change, c’est la possibilité de comparer les outils en tenant compte non seulement de leur prix ou de leurs fonctionnalités, mais aussi de leur hébergement, de leur sécurité, de leur capacité d’intégration et de leur adaptation au contexte africain. La souveraineté numérique devient alors moins une déclaration qu’une question de capacité et de choix technologiques.
Pour les communicants, le sujet devient concret
Cette évolution concerne directement les métiers de la communication. Les professionnels utilisent quotidiennement des outils pour créer des contenus, organiser des réunions, gérer des communautés, envoyer des campagnes, stocker des documents, recueillir des informations ou analyser des audiences. Cela implique de développer une nouvelle culture numérique : connaître les outils disponibles en Afrique, comprendre leurs conditions d’utilisation, vérifier leurs garanties en matière de données et identifier les solutions qui peuvent réellement répondre aux besoins des organisations.
Il y a également un autre enjeu : faire connaître ces solutions. Une technologie africaine peut être performante sans devenir automatiquement un outil adopté à grande échelle. Elle doit être expliquée, testée, documentée, distribuée et accompagnée. C’est ici que les métiers de la communication, du marketing et des médias peuvent jouer un rôle.
Des utilisateurs aux producteurs
Les initiatives observées au deuxième trimestre 2026 montrent ainsi un changement de perspective. L’Afrique ne se limite pas à être un marché pour les grandes plateformes numériques. Des acteurs développent aussi leurs propres solutions, tandis que les institutions renforcent les dispositifs liés aux données et à la gouvernance numérique.
Le défi reste important : développer des outils fiables, sécurisés, accessibles et capables de changer d’échelle. Mais pour les professionnels de la communication, du marketing et des médias, une nouvelle question mérite désormais d’être posée : sommes-nous seulement des utilisateurs des technologies disponibles ou pouvons-nous aussi contribuer à construire et faire adopter les outils numériques de notre écosystème ?
La souveraineté numérique commence peut-être aussi à ce niveau : dans les outils que nous choisissons, dans les données que nous maîtrisons et dans les solutions que nous contribuons à faire émerger.