Le 7 novembre 2025, s’est tenue la deuxième journée du Colloque international en hommage au Professeur Serge Théophile Balima, figure fondatrice de la communication en Afrique. Chercheurs, enseignants et professionnels du continent se sont réunis pour partager réflexions, études et expériences autour des mutations profondes que connaît le champ de l’information et de la communication à l’heure du numérique, de l’intelligence artificielle et de la mondialisation médiatique.
Les échanges de cette deuxième journée ont mis en lumière la diversité des enjeux auxquels font face les acteurs africains de l’information et de la communication. À travers plusieurs panels, les participants ont exploré les défis pédagogiques, techniques et éthiques liés à la transformation numérique, ainsi que la place du journalisme, de la communication et des nouveaux métiers du digital.
Réseaux sociaux et vie estudiantine : entre usage, dépendance et construction identitaire
Les travaux consacrés à la relation entre étudiants et réseaux sociaux ont souligné leur omniprésence dans la vie universitaire. Les réseaux sociaux sont devenus des espaces d’expression et de socialisation, mais également des lieux de dépendance et de perturbation identitaire. Les chercheurs ont insisté sur l’importance de l’éducation aux médias et à l’esprit critique, afin d’aider les jeunes à mieux gérer leur rapport au numérique et à préserver leur santé mentale.
La communication numérique dans les institutions publiques, un chantier en construction
Autre point fort des discussions : la communication institutionnelle publique face au défi du digital. Si la communication est désormais omniprésente, ses pratiques peinent encore à s’adapter aux mutations technologiques. Les institutions publiques au Burkina Faso manquent souvent de profils spécialisés en communication digitale, confiant ces missions à des généralistes ou à des journalistes. Les spécialistes ont plaidé pour la formation de véritables spécialistes en communication numérique, capables d’accompagner les administrations dans leur transformation digitale.
Intelligence artificielle et formation des journalistes, entre opportunité et fracture numérique
L’impact de l’intelligence artificielle (IA) sur le métier de journaliste a également été abordé. De nouvelles compétences émergent, data journalisme, fact-checking, automatisation des contenus, mais les écoles africaines peinent à suivre le rythme. Si certains curricula intègrent déjà ces notions, les moyens techniques et pédagogiques restent limités. Les intervenants ont appelé à renforcer la collaboration entre écoles, médias et institutions pour doter les futurs journalistes des outils nécessaires à une pratique éthique et adaptée à la réalité numérique.
Formation et insertion, l’exemple du Congo et du Burkina Faso
Des études de cas, notamment sur les médias congolais et burkinabè, ont révélé une inadéquation entre les formations universitaires et les besoins du marché. Les entreprises de presse recherchent désormais des profils polyvalents, capables d’écrire, filmer, monter et publier. D’où l’urgence d’harmoniser les programmes, de créer des studios-écoles et de repenser les parcours pour répondre aux exigences contemporaines du secteur.
Anthropologie de la communication et recomposition des pratiques
Les mutations numériques ont aussi transformé les fondements mêmes de la communication et du journalisme. L’émergence de nouveaux acteurs dans l’espace public (influenceurs, cyberactivistes, créateurs de contenus) brouille les frontières entre métiers. L’anthropologie de la communication permet d’analyser ces changements et d’aider les professionnels à s’y adapter sans perdre les repères éthiques et culturels essentiels à la pratique.
Vers une revalorisation du journalisme africain
Une intervention a plaidé pour une réhabilitation du journalisme africain, fragilisé par la crise économique, les pressions politiques et la montée des fausses informations. Il s’agit de repenser la formation, de revaloriser le métier, et de reconstruire de nouveaux narratifs qui redonnent sens et crédibilité à la profession. L’idée d’un journalisme de libération, au service des peuples et de l’émancipation, a particulièrement marqué les débats.
La journée s’est conclue sur un consensus : il est impératif d’adapter la formation en information et communication aux réalités du marché, tout en intégrant les enjeux éthiques, technologiques et citoyens. Les enseignants doivent se former en continu, les institutions renforcer leurs collaborations, et les étudiants développer des compétences critiques et numériques solides. C’est à cette condition que l’Afrique pourra non seulement rattraper son retard, mais aussi proposer au monde une autre manière de penser et de pratiquer la communication.