Penser la communication et l’information africaine à l’ère du numérique

La première journée du Colloque Scientifique International en hommage au Professeur Serge Théophile Balima s’est ouverte le 06 novembre 2025 à l’Université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou. Chercheurs, enseignants, journalistes et professionnels de la communication se sont retrouvés pour réfléchir autour du thème : « Peut-on encore former aux métiers de l’information et de la communication face aux défis de la digitalisation et des médias numériques ? ».

Cette rencontre, placée sous le signe de la mémoire et de la réflexion, a donné lieu à des échanges riches et à des analyses profondes sur les mutations contemporaines du champ de la communication en Afrique. Cette premiere journée a été marquée par une série de panels stimulants, mettant en lumière les transformations profondes du paysage médiatique et communicationnel africain, à l’heure où les technologies numériques redéfinissent les pratiques et les repères professionnels.

Dans une intervention remarquée, le brouillage des rôles dans la publicité à l’ère des macro-influenceurs a été exploré. Les influenceurs s’imposent désormais comme des acteurs centraux dans les stratégies publicitaires, remettant en question la place des médias. Les annonceurs, en quête d’impact et de proximité, préfèrent souvent traiter directement avec ces figures numériques, jugées plus efficaces pour atteindre leurs cibles. Cependant, il existe la nécessité d’un partenariat stratégique entre influenceurs et médias, d’une formation adaptée et d’une réglementation claire pour encadrer ce nouveau pouvoir communicationnel.

Un autre sujet sensible a été abordé : la légitimité de l’information en temps de terrorisme au Burkina Faso. Le constat de cette légitimité n’est plus réservée aux médias traditionnels, mais partagée avec les cyberactivistes et les influenceurs. Cette multiplication des sources d’information crée toutefois une confusion autour de la véracité et de la fiabilité des contenus diffusés. Il faut un plaidoyer pour une sensibilisation accrue des acteurs du numérique aux principes fondamentaux du journalisme, notamment la vérification, la responsabilité et l’éthique.

Dr. Gouba Firmin a analysé la crise de légitimité et la recomposition des ethos communicationnels. Pour lui, la capacité à susciter l’émotion et l’engouement a remplacé la rigueur de la vérification de l’information. Cette mutation appelle à une reconstruction éthique, fondée sur la transparence, le dialogue et la sincérité dans les interactions médiatiques. Il appelle à repenser la formation des futurs spécialistes de l’information-communication pour les adapter à ces environnements numériques hybrides.

Pascal Sagadou a évoqué les défis de la communication de couple à l’ère numérique. Il a montré comment les technologies de l’information et de la communication ont transformé les échanges au sein des couples burkinabè, bouleversant les codes traditionnels de la communication interpersonnelle. Si les TIC favorisent la proximité et la rapidité des échanges, elles créent aussi de nouvelles tensions et des incompréhensions dans les relations quotidiennes.

Hubert Ouédraogo a insisté sur la nécessité de former et d’éduquer pour une citoyenneté numérique. Son intervention a souligné l’importance de l’éducation aux médias et de la lutte contre la désinformation à travers le fact-checking. Il invite à intégrer ces dimensions dans les programmes de formation pour bâtir une génération d’utilisateurs responsables et critiques face aux contenus numériques.

Pour Assaba Augustin, il est temps de repenser la formation en communication pour le développement à l’ère du numérique. Les mutations technologiques et sociales font émerger de nouveaux acteurs et de nouveaux formats. Il préconise une pédagogie innovante et une adaptation des curricula universitaires afin de mieux répondre aux besoins des sociétés africaines contemporaines.

Une communication a revisité l’héritage intellectuel du Professeur Serge Théophile BALIMA, notamment son apport à la communication pour le développement, à la formation universitaire et à la recherche scientifique. Ses travaux continuent d’inspirer les réflexions sur les rapports entre communication, éducation et transformation sociale en Afrique.

La communication en Afrique est à un tournant. Entre la montée des influenceurs, la crise de confiance dans les médias et l’urgence de former des citoyens numériques responsables, le champ de la communication doit se réinventer.

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