Dans un contexte où la communication devient un métier de plus en plus prisé en République de Guinée, son enseignement fait face à de nombreux défis : adaptation aux nouveaux métiers, intégration des technologies numériques, pertinence des programmes et adéquation avec les besoins du marché. Pour éclairer ces enjeux, Les Pros de la Communication ont reçu Mamadou Aliou Souaré, chef du département Journalisme et Communication à l’Université Mercure Internationale (UMI), pour discuter de l’évolution des formations et des perspectives du secteur, le vendredi 13 février 2026. La modération était assurée par Mamadou Saïdou Barry.
Selon Souaré, l’enseignement des métiers du journalisme et de la communication en Guinée remonte aux années 1994-1995 à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université Gamal Abdel Nasser. « Beaucoup pensent que tout a commencé en 2006, mais l’histoire est plus ancienne », explique-t-il, rappelant que la spécialisation dans ces disciplines a réellement émergé avec la création de l’école de journalisme de l’ISIC de Kountia en 2006. « Le retard observé dans l’enseignement de ces métiers résulte surtout d’une prise de conscience tardive de leur importance », précise Souaré. Il souligne également que l’évolution récente repose sur l’implication de professionnels dans l’enseignement, renforçant ainsi l’approche par compétences.
À l’UMI, journalisme et communication cohabitent au sein d’un même département. Cette approche permet de former des profils polyvalents, capables de comprendre à la fois la production de contenu et la stratégie de communication. « On part sur du concret. Les professionnels partagent leur quotidien avec les étudiants, ce qui rend les contenus plus professionnalisants », explique Souaré.
L’objectif est de préparer les étudiants à répondre aux exigences du marché, où les entreprises et institutions recherchent des spécialistes capables d’exercer des fonctions spécifiques plutôt que des généralistes improvisés.
Les mutations récentes : digital, IA et médias numériques
L’UMI a obtenu l’accréditation de ses programmes de journalisme et communication par l’Autorité nationale d’assurance qualité, garantissant que les contenus et méthodes pédagogiques répondent aux standards requis. « Nos programmes n’ont rien à envier à ceux d’ailleurs. Les étudiants partent à l’international sans difficulté », assure Souaré. Malgré ces progrès, le chef de département souligne que le recrutement des enseignants reste un défi : nombreux professionnels qualifiés préfèrent exercer plutôt qu’enseigner, et certains cours sont dispensés par des enseignants dont la spécialité ne correspond pas exactement aux matières enseignées.
Souaré identifie le digital et l’intelligence artificielle générative comme les principales mutations des métiers de la communication. Les programmes UMI intègrent l’usage responsable de ces technologies, en insistant sur l’éthique et la réflexion critique. « On leur apprend à utiliser ces outils de manière responsable, pour ne pas appauvrir la réflexion des étudiants », précise-t-il. Cette approche permet aux étudiants de développer des compétences adaptées aux nouveaux métiers, où la communication numérique et la stratégie digitale occupent une place centrale.
Malgré les progrès, l’écosystème guinéen de la communication continue d’affronter plusieurs défis : une reconnaissance partielle des rôles des communicants dans certaines institutions, l’amalgame fréquent des fonctions lors du recrutement et la nécessité d’adapter constamment les programmes aux besoins du marché et aux innovations technologiques. « Il faut être rigoureux dans le recrutement des enseignants et adapter les programmes selon les tendances et les besoins des entreprises », conclut Souaré.
L’enseignement des métiers de la communication en Guinée a parcouru un long chemin depuis les années 1990. Grâce à des initiatives comme celles de l’Université Mercure Internationale, les étudiants bénéficient aujourd’hui de programmes professionnalisants, intégrant les nouvelles technologies et préparant des communicants compétents et polyvalents. L’évolution rapide du secteur impose toutefois une vigilance constante pour maintenir la qualité et l’adéquation des formations avec le marché.
Les Pros de la Com est la première association de professionnels de la communication en Guinée. Elle a pour but de faire découvrir et promouvoir les métiers de la communication dans leur double dimension éthique et responsable.