L’intelligence artificielle s’installe rapidement dans les usages numériques africains. Le Digital 2026 Mid-Year Global Update Report, publié par DataReportal avec We Are Social et Manochi, montre que les marchés africains figurent parmi ceux où l’utilisation de l’IA est particulièrement élevée. Une évolution qui dépasse désormais la simple curiosité technologique et commence à transformer les façons de rechercher l’information, d’apprendre, de travailler et de produire des contenus.
Le rapport s’appuie notamment sur les données de GWI recueillies auprès de plus de 240 000 personnes âgées de 16 ans et plus dans 54 marchés. À l’échelle mondiale, 81,2 % des adultes interrogés déclarent avoir utilisé au moins une forme d’intelligence artificielle au cours du mois précédent. DataReportal relève surtout que les taux d’adoption sont particulièrement élevés dans plusieurs économies moins développées, ainsi qu’en Afrique.
Le Kenya constitue l’exemple le plus spectaculaire. Selon cette enquête, 97,5 % des répondants kenyans déclarent avoir utilisé au moins un outil d’IA au cours du dernier mois, ce qui place le pays en tête des marchés étudiés. Ce chiffre ne signifie pas que 97,5 % de toute la population kenyane utilise l’IA : il concerne les répondants de l’enquête GWI et doit donc être lu dans son périmètre méthodologique. Il montre néanmoins l’importance prise par ces outils dans les usages numériques du pays.
L’IA n’est plus seulement un outil pour produire du contenu
L’un des enseignements du rapport est que les usages de l’IA dépassent largement la génération de textes ou d’images. À l’échelle des marchés étudiés, la recherche d’informations constitue la première motivation d’utilisation de l’IA, citée par 58,8 % des utilisateurs interrogés. Viennent ensuite la recherche de conseils pour résoudre des problèmes et l’apprentissage ou l’amélioration des compétences, cité par 37 % des utilisateurs.
Cette évolution intéresse directement les professionnels de la communication et du marketing. L’IA devient progressivement un nouvel intermédiaire entre les publics et l’information. Elle peut être utilisée pour rechercher, comparer, résumer, apprendre ou préparer une décision. Pour les médias, les marques et les communicants africains, cela pose donc une nouvelle question : comment leurs contenus seront-ils trouvés, compris et recommandés dans un environnement où une partie du public passe désormais par des outils d’intelligence artificielle ?
Une nouvelle génération de communicants face à l’IA
Le phénomène est particulièrement important chez les jeunes. Selon les données de GWI reprises par DataReportal, 89,4 % des internautes âgés de 16 à 24 ans interrogés déclarent avoir utilisé l’IA au cours des 30 derniers jours. L’usage dépasse également 80 % chez les 25-44 ans.
Pour les métiers de la communication, cette évolution peut modifier les pratiques professionnelles : recherche d’informations, rédaction, traduction, analyse de données, création graphique, préparation de campagnes ou production audiovisuelle. Mais elle ne supprime pas pour autant le besoin de compétences humaines. La compréhension des publics, la connaissance des contextes africains, la vérification des informations, la créativité et la capacité à construire des récits pertinents restent essentielles.
L’enjeu africain sera aussi celui de la maîtrise
La progression rapide de l’IA ne signifie cependant pas que tous les obstacles numériques ont disparu. Le même rapport rappelle que l’accès à Internet reste conditionné par le coût des équipements et des données, les compétences numériques, la qualité des réseaux et d’autres facteurs liés à l’environnement numérique.
Pour les acteurs africains de la communication, l’enjeu n’est donc plus seulement d’adopter l’IA parce qu’elle devient incontournable. Il s’agit surtout de savoir comment l’utiliser de manière pertinente, vérifier ses productions et l’adapter aux réalités linguistiques, culturelles et professionnelles des différents marchés africains.
L’Afrique ne découvre plus simplement l’intelligence artificielle. Elle commence à l’intégrer dans ses usages numériques. Pour les médias, les marques et les communicants, la prochaine étape sera de transformer cette adoption en compétences, en innovation et en contenus réellement adaptés aux publics africains.