La suspension des réseaux sociaux au Gabon suscite une vive controverse

La décision des autorités gabonaises de suspendre les plateformes des réseaux sociaux continue de faire réagir. Si le gouvernement évoque une mesure « ponctuelle » et un cadre de négociations, de nombreuses voix dénoncent un impact social et économique majeur.

Intervenant sur TV5 Monde, la porte-parole adjointe de la présidence gabonaise, Jennyfer Mélodie Sambat, a tenu à clarifier la portée de la décision. « Il s’agit d’une suspension des plateformes du groupe Meta, pas de toutes les plateformes numériques au Gabon, ni d’une coupure d’Internet », a-t-elle affirmé.

Selon elle, cette mesure n’est « ni un cas isolé pour le Gabon, ni une exception », rappelant que plusieurs pays dans le monde ont déjà pris des dispositions similaires. Elle insiste également sur son caractère temporaire : « Ce n’est pas une mesure définitive, c’est une mesure ponctuelle. »

Un différend ancien avec Meta

D’après la porte-parole, les autorités gabonaises auraient alerté le groupe Meta depuis plus d’un an au sujet de la protection des données personnelles et de la diffusion de contenus jugés diffamatoires, sans obtenir de réponse satisfaisante. « Cette suspension va nous permettre de réguler et de passer au cadre de négociations demandées dans le respect de nos institutions, de nos valeurs, de nos us et coutumes auprès du groupe Meta », a-t-elle expliqué. Face aux inquiétudes concernant l’impact économique, notamment sur le commerce informel, elle relativise : « Les plateformes du groupe Meta ne représentent pas Internet. On a du e-commerce qui se fait sans ces plateformes-là. »

Incompréhension sur les réseaux

Sur Brut, plusieurs personnalités gabonaises ont exprimé leur désarroi. L’influenceuse Nelly, connue sous le surnom « la très star », déplore une paralysie numérique : « Ni le Wifi ni le Forfait ne passent ! Au final, vous nous voulez quoi ? Mieux, dites-nous qu’on n’a plus le droit à internet. » L’acteur Romeo MD souligne l’impact économique : « Suspendre les réseaux sociaux dans un pays où le numérique fait vivre certains jeunes n’est pas une simple décision technique.

C’est une décision qui impacte directement des familles. » Même son de cloche du côté de l’artiste Créol : « Moi, je vends ma banane avec Internet : mon TikTok, Facebook… Je fais la promotion de ma musique. On nous coupe sans aucune raison. Les enfants qui ne vont pas à l’école, à cause de la grève des enseignants, se rattrapent avec Internet. » L’artiste L’Oiseau Rare exprime quant à lui une détresse plus personnelle : « On se lève et on coupe Internet. Qu’est-ce que vous avez bien fait ? Moi, je parle comment avec ma maman ? Pitié, ayez pitié de nous les innocents, ramenez Internet. »

Une décision jugée « anticonstitutionnelle »

Sur le plan politique, l’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze dénonce un « craquage » du pouvoir. « Le pouvoir perd ses nerfs. Que prépare ce craquage ? Une nouvelle étape vient d’être franchie. J’appelle à l’annulation de cette mesure anticonstitutionnelle et au respect des libertés individuelles », a-t-il déclaré. De son côté, l’humoriste Meye la Panthère interroge la logique de la sanction collective : « Il y a des gens qui se nourrissent des réseaux sociaux. Convoquez les personnes qui utilisent les réseaux sociaux pour déstabiliser le pays. Pourquoi punir tout le monde ? Pourquoi augmenter le chômage avec cette décision ? »

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